Un jour alors que j'avais 12 ans et que nous prenions la route avec ma mère pour rejoindre de la famille, après la Porte de la Chapelle et avant de s'engager sur l'autoroute qui va vers l'aéroport de Roissy et la Seine-et-Marne, nous avons vu en même temps un chien couché le long de de la bande d'arrêt d'urgence, derrière une rampe métallique.

Ma mère fit en sorte de freiner et de sa garer à proximité pour secourir une vieille chienne Epagneul breton, qui ne bougeait pas derrière la bordure métallique de l'autoroute. Elle était vieille mais vivante, ne semblait pas accidentée.

Nous l'avons emmenée avec nous et quelques semaines après, elle rejoignait une vieille dame gardienne d'immeuble auprès de laquelle elle finit sa vie heureuse.

La chienne s'était laissée faire, laissée prendre comme si elle savait pourquoi elle se trouvait là, comme résignée; ni triste ni peureuse quand nous l'avons approchée.

Je me demandais ce que cette chienne avait pu éprouver si elle avait été laissée ainsi; avait-elle essayé de rejoindre ceux qui l'abandonnaient dans un endroit où la mort l'attendait ? certainement pas car elle n'aurait pas pu s'aventurer bien loin sans se faire heurter...

c'est sans doute ce qu'il arrive à des chiens plus jeunes où le désarroi allié à la la pulsion de la jeunesse amènent ceux-ci à chercher, à parcourir, à lutter contre les éléments et les événements pour rejoindre leur maître, on pourrait même dire leur foyer tant ils sont aussi attachés aux membres qui le composent bref à espérer des retrouvailles tant l'animal domestique, et en particulier le chien, place son maître au dessus de tout.
 
Souvent la panique l'emporte, les repères de stabilité affective n'étant plus et l'animal se met en danger au point d'y laisser sa vie ou d'exposer dangereusement celle-ci.
Comment peut-on envisager qu'un animal choisi, aimé, parfois même choyé puisse ressentir cela ? comment peut-on rompre un lien construit au fil des mois et des années au prix de vacances, de conditions matérielles ou de prétextes divers (le chien grogne, aboie ou a tenté de mordre...).
 
 Il y a toujours une solution quand on aime véritablement son animal de compagnie pour éviter cette situation si "particulièrement française",
alors que nous sommes (pourtant) en tête des pays où l'animal de compagnie est apprécié, qu'il soit chien, chat, furet, nac...
 
Je me souviens également d'un refuge où un chien attaché et tout juste arrivé au refuge SPA a sauté par dessus la grille de son enclos, se pendant mortellement dans ce saut désespéré ! sans doute encore la panique, le désarroi grandissant devenu désespoir, la perte des repères habituels, la perception d'une situation inhabituelle...combien d'histoires comme celles-ci ?
 
C'est à ces "suites" trop souvent malheureuses que les adoptants devraient penser, sachant aussi qu'un animal qui a vécu l'abandon ressentira celui-ci ou pressentira celui-ci au point de rendre son adoption future difficile, double condamnation pour un "vivant" qui n'a été perçu par l'adoptant que comme un "objet de consommation".
 
On sait aujourd'hui que l'animal éprouve la joie, la tristesse, la peur...Pourquoi le souci croissant de protéger et de développer plantes, forêt, espaces verts, mers et océans, Planète, Nature...au plus grand mépris de ces autres "vivants" que nous choisissons dans un moment (où nous sommes aimants), pour leur faire parfois subir une loi "humaine" capable de se renverser, de s'inverser, de se retourner sur des critères bien souvent (que) matériels ?
Auteur: Anne Ouvré-Polloni